Grande_Conjonction

La grande conjonction
Michael MADAR


 

 C’est une très belle anecdote, historique, astrologique et astronomique que je voudrais partager. Ce n’est pas tous les jours qu’un tel évènement se produit, et ce n’est pas non plus le genre de choses qui nous est souvent donné d’entendre, de lire ou d’apprendre, dans ce bon vieux monde obscurément désenchanté qui est le nôtre, ou qui nous est promis, si j’en crois le brouhaha médiatique actuel. L’affaire est simple, lumineuse même, et pour la saisir, il s’agit de se pencher sur un cycle planétaire, celui de Jupiter et Saturne, lesquels se donnent rendez-vous, si j’ose dire, au même endroit dans le ciel, tous les vingt ans environs.


Vous me direz: la belle affaire! Et alors?

Il faut certes être un peu astrologue ou astronome pour s’intéresser à ce genre de détail cosmique, d’autant plus que les choses sont un peu plus complexes. Le cercle du Zodiaque, comme tout cercle qui se respecte, comporte 360°. C’est grâce à lui que nous pouvons repérer les planètes du système solaire.

Supposons, par exemple, que nos deux compères, ayant ainsi pris rendez-vous au même endroit dans le ciel, se retrouvent en « conjonction », c’est le nom de la chose, au 10° du Sagittaire. Jupiter, dont le temps de révolution est de douze ans, mettra donc douze ans, un an par signe environ, pour revenir sur ce 10 ème degré Sagittaire, pendant que Saturne, lui, beaucoup plus lent que Jupiter, n’aura avancé que de quelques signes jusqu'au Taureau.

Ce n’est que huit ans après, soit vingt ans en tout, que Jupiter (à partir du Sagittaire) et Saturne (à partir du Taureau) se retrouveront de nouveau en conjonction, mais cette fois, dans le signe du Lion. Or il se trouve que les astrologues ont qualifié les signes selon les quatre éléments et que le Sagittaire et le Lion, partagent, avec le Bélier, l’élément feu.

Cette conjonction de Jupiter et Saturne va ainsi se reproduire, immanquablement, dans les signes de feu pendant presque 200 ans, au bout desquels ils iront se donner rendez-vous dans un autre signe, mais cette fois un signe de Terre, et c’est reparti pour un ballet de deux siècles…

Puis la logique des éléments étant ce qu’elle est, après les signes de Terre, que sont Le Taureau, la Vierge et le Capricorne, viendra le tour des signes d’air, Gémeaux, Balance et Verseau, d’accueillir pendant deux cents ans notre conjonction. Enfin, après deux cents ans dans les signes d’air, Jupiter et saturne feront encore et toujours des conjonctions, tous les vingt ans, dans les signes d’eau que sont le Cancer, le Scorpion et les Poissons, et ce, pendant encore deux cents ans.

Et c’est ainsi que huit cent ans après, pourra se reproduire cette fameuse conjonction sur le 10 ème degré du Sagittaire qui servait d’exemple à mon propos du début.


Or il se trouve qu’en l’année 1603, entre le 7 et le 17 décembre 1603 précisément, et j’en viens à l’anecdote proprement dite, cette conjonction Jupiter Saturne se reproduisit, après huit cents ans d’absence, et d’attente… des astrologues avertis, sur le huitième degré du Sagittaire.

C’était le retour de la Grande Conjonction dans la Triplicité ignée!

Kepler lui-même l’observa, écrivit un livre à ce sujet, car un étrange phénomène s’ajouta.

En effet, à peine la conjonction prit elle fin, au bout de quelques mois, que Mars se joignit à l’affaire, et durant le mois de septembre 1604, rattrapa les deux autres, d’abord Saturne, sur le 10° Sagittaire puis Jupiter qui s’était déjà séparé de Saturne de quelques degrés.

Et c’est alors qu’à la grande sidération, c’est le cas de le dire, des observateurs de l’époque, une nouvelle étoile fit son apparition dans le ciel. Dans ce secteur du Sagittaire où ne brillaient jusqu’alors que deux étoiles, une troisième étoile venaient d’apparaitre.


Nous savons aujourd’hui qu’il s’agissait d’une super nova, une des plus belles qu’il ait été donné d’observer à l’œil nu.

La synchronicité et la beauté d’un tel évènement fut telle que Kepler en fit un livre, « Sur l’Étoile nouvelle » comme le raconte fort bien Gérard Simon dans le sien, « Kepler astronome astrologue » éditions Gallimard, et dont je tire cette histoire.


Et pour finir ces quelques lignes:

“"Sur l’Étoile nouvelle" relate les réflexions qu’elle inspira au plus profond d’entre eux (les astrologues avertis NDR) tant sur les dimensions du monde ou la matière intraspatiale, que sur la génération spontanée de nouveaux corps célestes ou les sources de la lumière stellaire"

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